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En 2009, après 35 ans de recherches, le paléogénéticien Svante Pääbo réussit avec son équipe de l’Institut Max Planck de Liepzieg une percée scientifique majeure. Pour la première fois dans l’histoire, de l’ADN vieux de plus de 30.000 ans livre ses secrets : le génome complet de l’homme de Néandertal est dévoilé. Il devient désormais possible de comparer notre ADN avec celui de notre plus proche parent, le sien. Et cette comparaison révèle que nous nous étions trompés jusqu’ici : Néandertal n’a pas disparu. Une partie de ses gènes a survécu en nous. […] Une mémoire du passé survit ainsi en chacun d’entre nous, malgré nous. Pour lire cette mémoire, l’équipe de Pääbo a révélé une part de notre invisible. L’Adn ne se voit pas. Mais la lumière qu’il émet nous permet de le lire. Et de commencer à écrire un nouveau livre des origines. Nous portons les livres de nos ancêtres. En les déchiffrant nous pouvons tenter d’éclairer différemment notre avenir […]  Les découvertes sur l’ADN ancien nous ouvrent une voie nouvelle. Elles nous offrent la possibilité de nous inscrire dans une longue continuité, et de nous ré-assigner à une forme d’impermanence, nouvelle, fragile. Si le vivant veut l’éternité, et si la lumière de la joie semble ne jamais vouloir finir, notre espèce, elle, prend le risque de précipiter sa propre fin. A l’heure où l’humanité créé les conditions de sa disparition, aurons-nous un avenir ?
 
Inspiré par une série d’ouvrages scientifiques autour des origines du vivant et de l’évolution de notre espèce, nous commençons donc une exploration au long cours à partir des vies de femmes et d’hommes dont la recherche a guidé l’existence. Néandertal, à la recherche des génomes perdus, le récit autobiographique de Svante Pääbo, sera l’un deux. Parce qu’il est aussi emblématique de la façon dont l’intimité peut agir sur la recherche – Pääbo, abandonné par son père à la naissance passe en effet l’essentiel de son temps à questionner les origines, celles des Homo Sapiens comme celle de Néandertal – ce livre nous servira de point d’appui. L’histoire des sciences est une histoire de révolutions successives, bouleversant nos existences, faite par des femmes et des hommes en quête d’une vérité, d’une façon de faire monde comme le dit le philosophe Nelson Goodman, d’une façon de lire la réalité pour créer un sens. Qui sont-ils ? Comment leur intimité influe-t-elle sur leurs recherches ? De quoi sont faites leurs histoires ? Qu’est-ce qui les pousse à chercher ? Enfin, comment les recherches scientifiques influent-elle sur nos intimités ?
Enfin, comment les recherches scientifiques influent-elles sur nos intimités ?
 

Extrait 

Svante
Je me fous de connaître la vie des Néandertaliens.
Leurs problèmes de couple, d’infections, d’épidémies.
Mais ce qui me différencie d’eux, d’eux spécifiquement, fait que je suis en vie. Et eux non.
Qu’est ce qui fait que ce que je suis, à mon tour, me fera disparaître ?
Est-ce qu’il est inutile de vouloir assurer ma survie dans l’avenir ?
La vie veut toujours faire trace.
Les arbres laissent des traces pour les suivants.
Les oiseaux laissent des traces pour les suivants.
Des mémoires non-écrites.
Nous, nous écrivons.
A un moment, nous nous sommes mis à écrire. Entre ’Orient et l’Occident. Aux frontières des fleuves.
Parce que quelque chose en nous connaissait déjà la fin.
Comme les Néandertaliens qui s’étaient mis, proche de leur fin, à enterrer leur mort.
Écrire comme faire une place aux morts.