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© Jeanne Roualet

Les Femmes de la maison se déroule sur trois temps. La pièce propose, en miroir avec la société de chaque époque, un regard sur la femme et l’artiste, seule, en collectif, féministe ou pas. Elle retrace un chemin qui ne se prétend pas exhaustif ni historique, mais sensible et fictionnel. Y sont forcément abordées en creux ou plus frontalement les grandes questions, les grandes frictions : le rapport aux hommes, plus largement au patriarcat, le désir d’action et/ou de passivité, la sororité qui n’empêche pas la rivalité, les questions de classes et d’origine, comment l’intime est lié au politique, de quoi naît la recherche artistique, le rapport au temps, à l’espace, au travail. Aux côtés de ces femmes artistes, des femmes employées aux travaux ménagers. Soi-disant secondaires, elles oeuvrent pour que d’autres s’émancipent, elles révèlent parfois le fossé qui les sépare - à qui et pour qui oeuvrons-nous en tant qu’artiste - s’émancipent elles-mêmes, en tout cas influencent les oeuvres et les personnes et sont influencées par elles.
Pendant ce temps-là, Joris filme la décolonisation, plus attentif et capable d’empathie envers cette indépendance des peuples, que vis à vis de celle des femmes qu’il loge par hasard, aime-t-il à rappeler. Homme à femmes d’une manière singulière (il accumule une collection d’œuvres d’art réalisées par des femmes ), il se tait le plus souvent en leur présence et profite de ce drôle de rôle que lui confère son grand âge au fur et à mesure que la pièce avance et à quoi l’oblige son sexe - pour une fois en minorité - se faire oublier et assister à l’intimité des femmes aux premières loges.

Extrait 

Dans la maison, année 1972
 
Annie. En fait, il n’y a que les femmes pour faire croire à l’homme.
Miriam. C’est vrai ça.
Judy. C’est exactement ça.
Annie. Depuis le début des temps et ça continue jusqu’à maintenant.
Miriam. Et personne n’arrête d’y croire.
Judy. On se fait croire entre nous qu’on ne sait pas que ça n’existe pas.
Annie. Au contraire, encore mieux, on se fait toutes croire que si, si, ça existe.
Miriam. Dès qu’on a une fille, on lui dit, ça existe, oh la la comme ça existe, tu vas bien t’en trouver un. Et bon, elle n’a pas envie d’être la seule andouille qui n’en a pas trouvé alors elle apprend. Elle s’en fabrique un. Elle est déçue, mais bon, elle ne s’arrête pas trop longtemps sur sa déception. Elle se fabrique son homme. Il tient à peu près debout. Avec le temps, elle et nous, on y croit de plus en plus. Et puis après, avec le temps, elle et nous, on y croit de moins en moins. Mais entre le temps où on y croit de plus en plus et le temps où on y croit de moins en moins, les années fertiles sont passées. Des enfants sont nés, des garçons et des filles. Il faut recommencer. Les garçons on leur fait croire qu’ils vont être des hommes et puis les filles qu’elles vont en trouver.
Annie. Mais ça n’existe pas.
Miriam. Il faudrait se le dire une bonne fois pour toutes.
Annie. On se le dit.
Miriam. Oui on est en train de le dire.
Judy. C’est grave?
Miriam. C’est un peu grave quand même non?
Annie. La vérité me fait toujours du bien.
Judy. Ca fait un vide.
Miriam. Tu sens un vide ?
Judy. Oui moi ça me fait un vide.
Joris. Et les femmes ça existe?
Annie. Qu’est-ce qu’il est couillon.
Miriam. Il est vraiment couillon.
Annie. Tu es sorti d’où ?
Judy. Qui c’est qui t’a nourri ?
Miriam. Qui c’est qui t’a torché ?
Judy. Qui c’est qui t’a élevé ?
Miriam. Qui c’est qui t’as fabriqué ?
Judy. Qui c’est que tu baises ?
Annie. Qui c’est que tu tapes ?
Joris. Je ne tape personne. Je demandais c’est tout.